La Sixième extinction de Richard Leakey et Roger Lewin : l'exploitation frénétique des ressources naturelles risquent de provoquer la sixième extinction de masse

"Le Cénozoïque, notre ère, est souvent qualifiées d'âge des mammifères ; c'est un point de vue de assez détourné de la réalité actuelle. Il serait plus précis ce le nommer l'âge des arthropodes - Trilobites, crustacés, arachnides, insectes…" La Sixième extinction - Chapitre 3

Titre: La Sixième extinction
Auteur : Richard Leakey et Roger Lewin (narrateur Richard Leakey)
Éditions : Flammarion
L'histoire de la Terre est ponctuée d'extinctions de masse qui, par cinq fois, ont détruit jusqu'à 95% des espèces vivantes. Ces grandes extinctions, leurs causes et leurs conséquences ont fait couler beaucoup d'encre : l'hypothèse la plus admise aujourd'hui attribue ces catastrophes naturelles à la collision d'un astéroïde avec notre planète ; en outre, ces extinctions ne sont plus assimilées à des trous noirs de l'évolution car elles ont provoqué, à terme, des sursauts d'inventivité de la vie. Qui en réchappe, enfin ? Là aussi, les scientifiques ont revu la thèse darwinienne de la sélection naturelle par le niveau d'adaptation des espèces à leur environnement : les mammifères n'étaient pas mieux adaptés que les dinosaures qu'ils ont remplacés à la fin du Crétacé... Chaîne du vivant en dents de scie, sauts qualitatifs d'une espèce à celle qui lui succède, part de l'aléatoire dans la sélection naturelle : avec cette histoire de la diversité et de la complexité croissante de la vie, Richard Leakey et Roger Lewin appellent aussi de leurs vœux une prise de conscience. L'homme est, certes, le produit des hasards de l'évolution, et voué, comme toute espèce, à la disparition, mais il reste la seule espèce consciente de cette diversité des formes de vie sur Terre dont l'époque actuelle nous offre la plus grande panoplie. Au moment où la croissance de la population et l'exploitation frénétique des ressources naturelles risquent de provoquer la sixième extinction de masse, les deux auteurs nous rappellent que l'aptitude proprement humaine à admirer la nature devrait avoir pour corollaire le souci d'en protéger la diversité, fruit de quatre milliards d'années.
 Une partie des sujets traités dans le livre de Richard Leakey et Roger Lewin

Chapitre 1 Un point de vue personnel :  En 1989, Richard Leakey quitte son poste de directeur du muséums du Kenya. Il est invité par le Président Daniel Arap : "Il m'invitait à le rencontrer afin d'étudier le moyen de lancer un effort national visant à changer l'approche  de la conservation de la nature dans notre pays, en mettant fin, entre autres, au massacre des éléphants. Le déluge de balles des braconniers pouvait entrainer l'extinction de cette espèce animale." L'affirmation que Homo sapiens pourrait bien être en train de provoquer une catastrophe écologique aux proportions gigantesques, compte tenu du rythme inquiétant auquel il porte atteinte à la diversité du vivant. Ainsi, la déforestation tropicale et la réduction des habitats sauvages causées par le développement économique provoqueront bientôt l'extinction de 100 000 espèces animales par an."

Chapitre 2 Le grand mystère de la vie : Il y a 3.75 milliards d'années apparaissaient les procaryotes des cellules sans noyaux. "Selon la théorie darwiniste Homo sapiens ne serait rien moins que le produit collectif  collectif  des victoires continues  d'espèces de mieux en mieux adaptées à leur environnement. Mais un des développements les plus récents de la biologie montre que la chance, et non la supériorité, joue, joue un rôle crucial dans la sélection des organismes qui survivent, en particulier, lors des extinctions massives d'espèces (page 29)." Ce chapitre mais l'accent sur l'explosion du Cambrien et la destruction de l'avant Cambrien avec les problèmes insolubles que cela posa à Darwin.

Chapitre 3 Le grand ressort de l'évolution : Le Cénozoïque, notre ère, est souvent qualifiée d'âge des mammifères ; c'est un point de vue de assez détourné de la réalité actuelle. Il serait plus précis de le nommer l'âge des arthropodes - Trilobites, crustacés, arachnides, insectes… on compte plus d'un million et demi d'espèces actuelles d'arthropodes - . Ils forment environ 40 %  des espèces vivantes (page 39). Dinosaures. Les schistes de Burgess (page 49).


Chapitre 4 Les cinq grandes extinctions : Pour un paléontologue, la mort est un fait du vivant, l'extinction fait partie de l'évolution. On estime que 30 milliards d'espèces ont existé depuis l'apparition des premiers organismes  multicellulaires, pendant l'explosion du Cambrien. Selon certaines estimations, il existe aujourd'hui sur la Terre 30 millions d'espèces. Cela signifie que 99.9 % des espèces ayant existé sont aujourd'hui éteintes. La biologie de l'évolution et l'écologie on pour  principal sujet d'étude la spéciation et l'interaction entre espèces au sein des communautés (page 56). Cénozoïque (vie moderne). Le cycle des extinctions est de  26 millions d'années, la prochaine aura lieu dans 13 millions d'années (page 79).
  
Chapitre 5 Extinction : Mauvais gènes ou malchance ? : Gould et C. Brad Calloway (page 83) Processus stochastiques, l'oeil humain discerne assez mal les effets du hasard, il essaie de voir des structures là où il y en a pas. Raup, Gould, Jack Sepkoski, Thomas J. Schopf. Durée moyenne d'une espèce animale est de  4 millions d'années (ce qui est probablement surestimé ). Pendant les phases d'extinction normale, la sélection naturelle darwinienne fonctionne. Homo sapiens a évolué au sein d'un pic de biodiversité. Des vagues d'extinction de grands mammifères terrestres, au cours des deux derniers millions d'années - peut-être à cause des glaciations - ont réduit cette diversité, dans une certaine mesure, mais pas trop. Nous sommes qu'une espèce parmi des millions sur la Terre, le produit d'un demi-milliard d'années de l'histoire de la vie, les heureux survivants d'au moins vingt crises biotiques, dont cinq grandes extinctions.

Chapitre 6 Extinction Homos sapiens, apogée de l'évolution ? :  Nous sommes l'apogée de l'évolution. Ah bon ! vraiment ? La sélection naturelle obéit-elle à "une flèche" du progrès ? Pikaia gracilius (notre ancêtre dès le Cambrien). Les schistes de Burgess. Stephen Jay Could : "Nous sommes un évènement hautement improbable dans le cours de l'évolution." La grande Vallée du Rift et le changement climatique en Afrique. Si le refroidissement d'il y a 2.5 millions d'années n'était pas survenu, aucun sursaut d'évolution ne se serait produit, et pas d'impulsion permettant l'adaptation à un environnement plus aride: pas d'espèce du genre Homo sapiens, pas de nous. Chez les singes, le rapport entre le poids du cerveau  et celui du corps est deux ou trois fois plus élevé que la moyenne des mammifères. Chez l'homme, ce facteur est de 6. Les hommes partagent cet exploit avec quelques cétacés, comme le dauphin. Edward Wilson : " N'usons pas de notre philosophie pour nier ce que nous savons être vrai en notre cœur."

Chapitre 7 L'infinie beauté des formes : La destruction d'un kilomètre carré d'habitat tropical peut mettre en danger dix fois plus d'espèces que la destruction d'une surface identique dans des régions tempérées. La biodiversité des forêts vertes tropicales est particulièrement riche. Celles-ci couvrent un soixantième des terres émergées et, pourtant, abritent plus de la moitié des espèces. C'est pourquoi la destruction incessante de ces forêts nourrit de lourdes inquiétudes. Le gradient latitudinaire de diversité.

Chapitre 8 L'intérêt de la diversité : Les entreprises minières et forestières savent quel profit elles tireront des arbres qu'elles auront abattus ou des minerais qu'elles auront extraits du sol, quand dans le même temps, elles auront détruit des habitats naturels. Sans parler des fermiers qui transforment les forêts en pâturages.De nos jours  20 espèces de plantes fournissent 90 % de la ration alimentaire végétale de tous les besoins du monde.Trois seulement - maïs,riz,blé - représentent à elles seules plus de la moité des récoltes. Alors qu'il existe au moins 35 000 variétés de plantes comestibles que l'on pourrait exploiter. Diversité et molécules pour les médicaments. La théorie Gaïa nous oblige à reconnaître que ces forêts nous sont bien plus utiles que cela. Elle sont capables de faire circuler, par leur "transpiration", de très grands volumes d'eau ; cette vapeur d'eau forme des nuages qui nous protège du soleil et maintiennent la fraîcheur de la planète.

Chapitre 9 Stabilité et chaos en écologie : L'écologie des communautés. Ceux qui ont lu le livre de James Gleick , La théorie du chaos, savent que les mathématiciens ont identifiés récemment des systèmes erratiques imprévisibles, qui ne sont pas aléatoires. Au milieu des années 1980, David Tilman, écologiste à l'université du Minnesota, a posé la question suivante : comment différentes concentration d'azote dans le sol affectent la croissance du pan-creeper, une herbe sauvage américaine ? Quand il mit au point son expérience, il ne songeait pas particulièrement aux phénomènes chaotiques, mais son ouverture d'esprit fut assez grande pour lui permettre de les reconnaître lorsqu'il tomba dessus. Pour des faibles niveaux d'azote, la croissance était stationnaire pendant cinq ans, indépendamment de la répartition, serrée ou lâche des graines. Mais pour des niveaux d'azote élevés, le tableau était très différent. On y reconnaissait la signature habituelle des comportements chaotiques : des croissances et des décroissances erratiques, imprévisibles. Interactions des communautés d'espèces entre elles.Jim Drake modélisation par ordinateur.

Chapitre 10 Les destructions du passé : Dans ce chapitre, nous allons examiner l'impact des hommes sur les communautés écologiques au cours de l'histoire récente, c'est-à-dire le résultat de la colonisation de terres où l'homme n'avait auparavant pas vécu. Nous avons vu que des communautés anciennes, riches en espèces, peuvent souvent résister à l'invasion, quelle que soit l'espèce envahissante, ou presque. Mais Homo sapiens n'est pas une espèce ordinaire, et ses tentatives d'invasion sont presque toujours un succès et, d'ailleurs, sont presque toujours dévastatrices pour les communautés existantes. Dans l'Amérique du Pléistocène prospérait toute une ménagerie de grands mammifères, dont des herbivores comme les éléphants, les mastodontes, les paresseux géants et les glyptodontes. On trouvait également certains moins exotiques comme des chevaux et des chameaux. en un claquement de doigts à l'échelle du temps géologique, ces animaux ont disparu de de l'Amérique du Nord. Ces extinctions massives coïncident précisément avec la fin des glaciations. Il paraît donc très probable que cet événement soit la cause des extinctions. Pourtant, au même moment, une nouvelle espèce de mammifères se répandait à travers les Amériques; arrivée il y a environ 11500 ans (à travers le détroit de Behring), elle avait poursuivi son avancée pendant mille ans atteignant la Terre de feu, l'extrême pointe sud de l'Amérique du Sud, il y a 10500 ans. Cette espèce, c'était l'Homo sapiens, un chasseur accompli , dont les les qualités de prédateurs s'étaient affinées durant des dizaines de milliers d'années en Afrique et en Eurasie. Les immigrants du Nouveau Monde sont connus des archéologues sous le nom de peuple de Clovis...      

Chapitre 11 Histoire de l'éléphant moderne : Une légende hindoue raconte que l'éléphant avait le pouvoir de voler, jusqu'au jour où il atterrit sur un arbre banian, tomba sur la maison d'un ermite et la détruisit. La malédiction de l'ermite le condamna à ne plus quitter la terre ferme, le privant pour toujours de voler... Laissez-moi décrire les circonstances dans lesquelles les éléphants ont frôlé l'extinction, et comment on a renversé la vapeur. Je en vais pas entrer dans tous les détails. C'est un mélange de biologie de la conservation, de politique, et de commerce, dont l'histoire a été racontée par Iain et Oria Douglas-Hamilton dans un livre récent, La Bataille des éléphants , Dans le monde actuel, il existe deux espèces d'éléphants : l'éléphant d'Afrique, dont le nom biologique est Laxondonta africana, et l'éléphant d'Asie, nommé à tort Elephas maximus, puisque c'est le plus petit des deux. En fait , il y a deux variantes, ou sous-espèces, de l'éléphant d'Afrique Laxondonta africana africana (Afrique de l'Est), c'est celui que rencontrent le plus souvent les visiteurs ; la deuxième espèce est appelée Laxondonta africana cyclotis (Centre et Ouest de l'Afrique). Dans les dix ans précédant 1989 la population des éléphants d'Afrique avait été réduite de moitié, passant d'environ 1,3 million à 625 000, et ce, pendant une période où, souvenez-vous, le commerce de l'ivoire était censé être sous contrôle.J'ai toujours été dégoûté par la chasse sous toutes ses formes. La notion de trophée m'est insupportable. Chaque éléphant a besoin, de 180 kg de végétation pour se maintenir en forme. 

Chapitre 12 Un accident de l'histoire : Permettez-moi de dire brutalement, et dès maintenant, que je suis convaincu que nous sommes  au milieu d'une crise - dont nous sommes entièrement responsable - et, si nous négligeons d'y faire face avec hauteur, nous ferons peser sur le générations futures une malédiction d'un poids inimaginable ! Ce chapitre traite de la révolution intellectuelle qui se produit autour de nous aujourd'hui même, et de ses conséquences sur notre perception du flot de la vie, ce flot qui nous emporte, nous et tous nos compagnons. Il nous faut donc admettre qu, si spécifique que soit, à bien des égards,  Homo sapiens - particulièrement en matière de créativité, et de conscience -, son existence n'était pas inévitable. Pis,elle était le résultat d'un certain degré de hasard. Certains auront du mal à l'accepter, mais c'est la stricte vérité. Comme je l'ai dit : "Nous ne sommes qu'une espèce parmi des millions, le produit d'un demi-milliard  d'années de l'histoire de la vie. Nous sommes les heureux survivants d'au moins vingt crises biotiques, dont les cinq grandes extinctions."    
 30% des touristes viennent au Kenya pour voir les éléphants
Chapitre 13 La sixième extinction : Peut-être sommes-nous un accident de l'histoire, mais on ne peut contester que Homo sapiens soit aujourd'hui l'espèce dominante sur la Terre. Nous sommes apparus tardivement sur la scène de l'évolution, à une époque où  la diversité de la vie de la vie sur cette planète était proche de son maximum absolu. Les humains mettent les espèces vivantes  en danger de trois façons. La première consiste en l'exploitation directe, telle que la chasse, la pêche intensive. Par, l'introduction d'espèces étrangères dans un nouvel écosystème et, enfin, la destruction et la fragmentation de l'habitat ( et particulièrement la déforestation inexorable des forêts tropicales humides ) qui est de loin le plus important mode d’extinction causé par l'Homme. Ces forêts ne couvrent que 7 % de la surface de la Terre, mais elles sont le chaudron de l'innovation et abritent la moitié des espèces terrestres. Nous dominons la Terre bien plus qu'aucune espèce avant nous. Mais Homo sapiens est en passe de provoquer une crise biologique majeure, une extinction de masse, le sixième événement de cette sorte au cours des 500 derniers  millions d'années. Et nous-mêmes, Homo sapiens, faisons peut-être partie des morts-vivants.

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Chapitre 14 Quelle importance ? : Tous les jours, on défriche les forêts tropicales, on réduit les habitats sauvages. Ces processus ne sont pas si spectaculaires que  les collisions avec des astéroïdes, mais finalement l'effet et le même. Quand la sixième extinction aura pris fin, la diversité comme chaque fois, reviendra, à supposer bien entendu que le responsable de cette destruction - Homo sapiens - cesse son œuvre. Et s'il faut en juger d'après le passé, la diversité de la vie sera alors encore plus grande qu'aujourd'hui. Et qui sait quelles nouveautés  l'évolution fera surgir ? Stephen Gould : " A l'échelle du temps géobiologique , notre planète saura prendre soin d'elle-même, elle laissera le temps d'effacer des coups portés par l'Homme." Si, dans le long terme, ce que nous faisons pendant que nous sommes là a si peu d'importance, pourquoi faudrait-il se préoccuper de la survie d'espèces qui comme nous-mêmes, finiront par disparaître ?  Quant à la sixième extinction, inutile de chercher le coupable. C'est nous...      
   
Note : livre très intéressant que je conseille de lire. Et, vous trouverez des vidéos de Richard Leakey donnant des conférences, sur Youtube, la dernière date du 13 février  2013. Vous trouverez aussi d'autres vidéos sur les sujets traités dans le livre.

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